--- title: "Les quatorze villages de l’île, du bourg au hameau" url: /les-villages-de-lile-a-quoi-ils-ressemblent-vraiment/ author: "flakkee.org" date_published: 2026-09-09T17:00:00+00:00 date_modified: 2026-09-22T10:03:43+00:00 categories: ["Visiter"] image: https://flakkee.org/wp-content/uploads/2026/09/flakkee-une-village-toits-polder.jpg description: "L’île compte quatorze villages nés de polders gagnés par étapes, du bourg de huit mille habitants au hameau de mille. Goeree-Overflakkee n’a pas une seule histoire mais quatorze, u…" site: "flakkee" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les quatorze villages de l’île, du bourg au hameau L’île compte quatorze villages nés de polders gagnés par étapes, du bourg de huit mille habitants au hameau de mille. Goeree-Overflakkee n’a pas une seule histoire mais quatorze, une par noyau habité, comme dit le mot néerlandais woonplaats. Chacun est sorti d’une digue, d’un port ou d’une paroisse à un moment différent, et c’est cet étagement dans le temps qui explique pourquoi un village de mille habitants et un bourg de huit mille se trouvent à quelques kilomètres l’un de l’autre sans que l’un ait jamais avalé l’autre. On les parcourt ici par secteur, d’ouest en est, sans classement ni palmarès. ## Une île bâtie par polders, pièce à pièce Goeree et Overflakkee étaient deux îles distinctes jusqu’en 1751, l’année où la Statendam les a soudées en franchissant l’ancien chenal du Stellegors. Chaque siècle a ensuite ajouté ses polders, ses digues et ses villages, si bien que l’âge d’un noyau dit souvent son rang dans cette conquête sur l’eau : les plus anciens tiennent le centre de l’île, les plus récents occupent des terres gagnées bien plus tard. Le détail de cet épisode fondateur, avec ce que la digue a laissé et ce qu’elle a effacé, se lit dans [l’histoire de la digue qui a soudé les deux îles en 1751](https://flakkee.org/1751-la-statendam-deux-iles-nen-font-plus-quune/). **Quatorze noyaux, une seule commune** La commune de Goeree-Overflakkee est née le 1er janvier 2013 de la fusion de Goedereede, Dirksland, Middelharnis et Oostflakkee. Les quatorze villages ont gardé leur nom et leur identité propre, la fusion n’a touché que l’administration. ## Middelharnis et Sommelsdijk, les deux bourgs qui se touchent Middelharnis, environ 8 400 habitants, est le plus peuplé des quatorze. Le village a vécu de la pêche pendant des siècles, avec une vingtaine de beugsloepen actives vers 1900, avant que son port ne devienne un port de plaisance. Son hôtel de ville du 17e siècle, dû à Arent van ’s Gravensande, et son rôle de nœud du tramway insulaire ouvert en 1909 en font le centre historique de l’île. La nuit de 1953 y a fait 17 morts. Sommelsdijk, environ 7 500 habitants, touche Middelharnis au point que les deux se traversent sans transition visible. L’histoire y est pourtant différente : Sommelsdijk fut une enclave zélandaise en terre hollandaise jusqu’en 1805, un statut qui a nourri des brasseries, une orfèvrerie et un chantier naval, aux côtés d’un commerce d’arbres fruitiers. Le Doelengebouw, bâti en 1768, garde la mémoire de cette prospérité marchande. ## À l’ouest de l’île, Goeree : Ouddorp, Goedereede, Stellendam Ouddorp, environ 6 400 habitants, occupe le site le plus anciennement peuplé de l’île, avec une église et une tour datées de 1348. Ses champs sont bordés de talus de sable, les schurvelingen, un paysage qui n’a pas d’équivalent ailleurs sur l’île. Devenu station balnéaire au début du 20e siècle grâce à ses dunes, le village a gardé le surnom de ses habitants, les Duunhaes. Goedereede, environ 2 300 habitants, reste la seule localité de l’île à avoir reçu des droits de cité, en 1312. Son port, jadis prospère, s’est ensablé au fil des siècles, et le quartier du Havenhoofd a été détruit puis reconstruit. Un pape y fut curé sans jamais y résider, un épisode raconté en détail dans [l’histoire de la seule ville de l’île et de son pape](https://flakkee.org/goedereede-la-seule-ville-de-lile-et-son-pape/). Stellendam, environ 3 700 habitants, est le plus jeune village de l’île, né dans les polders gagnés après la Statendam de 1751. La pêche y reste une activité vivante, portée aujourd’hui par la crevette de Stellendam. ## Au centre de l’île : Dirksland, Melissant, Herkingen Dirksland, environ 6 000 habitants, a redressé son port en 1599 puis construit une écluse en 1790. Le village a cultivé la garance, une plante tinctoriale, avec trois meestoven, des séchoirs à garance, recensés en 1732. Son moulin Het Fortuin, achevé en 1704, est le premier moulin en pierre construit sur les îles, et sa fresque de saint Christophe n’a été redécouverte qu’entre 1966 et 1970. Melissant, environ 2 200 habitants, est resté un village modeste jusque vers 1850, avant de se doter d’une église, d’une école et d’une mairie. La garance y a été cultivée jusqu’en 1870. Ses habitants portent le surnom d’« un geite », une chèvre. Herkingen, environ 1 300 habitants, succède à un village plus ancien, Oud-Herkingen, englouti en 1511. Le noyau actuel date d’environ 1760 et garde une halle aux poissons ainsi que le plus petit moulin à grain de l’île. Son port de plaisance a été agrandi récemment. ![Rue de village en briques rouges avec un moulin à vent à l’arrière-plan](https://flakkee.org/wp-content/uploads/2026/09/flakkee-village-rue-briques-moulin.jpg) **Un rapport de un à huit** Le village le plus peuplé, Middelharnis, compte environ 8 400 habitants, contre environ 1 100 pour le plus petit, Achthuizen. Entre les deux, la population des douze autres noyaux se répartit sans palier net, du bourg au hameau. ## À l’est, sur Flakkee : six villages entre polders et digues Oude-Tonge, environ 5 300 habitants, a été fondé en 1348 puis détruit à 90 % par un incendie en 1647. Son église catholique, bâtie en 1897 par Jos Cuypers, et son moulin Korenbloem de 1748 marquent le centre du village. Nieuwe-Tonge, environ 2 400 habitants, apparaît pour la première fois dans les textes en 1480-1481 sous le nom de Nova ecclesia in Grijsoert, peu après que la digue du polder Het Noordland a été fermée en 1461. Son église à nef unique remonte à environ 1500 et son moulin Oranjeboom à 1768. Les habitants y portent le surnom de Blauwkousen, les bas bleus. Ooltgensplaat, environ 2 800 habitants, fait face à Willemstad de l’autre côté de l’eau. Le fort Prins Frederik, construit entre 1811 et 1813, et un hôtel de ville Renaissance de 1616 marquent son centre. Den Bommel, environ 1 800 habitants, a bâti en 1647 une église octogonale présentée comme la première église protestante neuve élevée sur l’île, et garde un monument dédié à Ollie B. Bommel, un personnage de fiction. Achthuizen, environ 1 100 habitants, est une enclave catholique peuplée au 19e siècle par des migrants venus du Brabant, sur une île très majoritairement protestante. Stad aan ’t Haringvliet, environ 1 600 habitants, porte un nom qui dit tout : la ville sur le Haringvliet. Sa Voorstraat a été peinte par Rien Poortvliet, et son moulin De Korenaar, achevé en 1746, tourne toujours. Le village se trouve au nord de l’île, ce qui l’a épargné dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953. **Des moulins encore debout dans plusieurs villages** Le Fortuin à Dirksland, le Korenbloem à Oude-Tonge, l’Oranjeboom à Nieuwe-Tonge et le De Korenaar à Stad aan ’t Haringvliet datent tous du 18e siècle ou du début du 18e. Plusieurs restent en état de marche, une continuité rare pour des ouvrages de cet âge. ## Ce que 1953 a laissé dans le paysage des villages du sud Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953, l’eau est entrée par plusieurs brèches entre 4 h et 6 h du matin. Oude-Tonge a payé le tribut le plus lourd, 305 morts, soit 9,9 % de sa population, et garde un cimetière mémorial à l’Oostdijk. Nieuwe-Tonge a compté 85 morts, Middelharnis 17. Plus de 40 % des victimes de cette catastrophe nationale se concentrent sur le sud de Duiveland et sur Overflakkee, ce qui explique pourquoi le souvenir de cette nuit reste vif dans les villages du sud et de l’est de l’île, quand Stad aan ’t Haringvliet, au nord, n’a compté aucune victime. **Un habitant de Goeree n’est pas un Flakkeeënaar** Le mot Flakkeeënaar désigne un habitant de l’ancienne île d’Overflakkee, pas de Goeree. Employer ce terme pour un habitant d’Ouddorp ou de Goedereede est une confusion fréquente chez les visiteurs, et une maladresse aux oreilles locales. Quatorze villages, quatorze histoires qui se répondent sans jamais se répéter : un port qui s’est ensablé, un autre devenu marina, une digue qui a fait naître un village neuf, une nuit qui en a marqué certains bien plus que d’autres. C’est cette diversité, plus que la platitude du paysage, qui distingue vraiment un village du suivant sur cette île. --- ## À propos de l'auteur **flakkee.org** — De redactie van flakkee.org. La rédaction de flakkee.org.