Goeree ou Flakkee : pourquoi le nom fâche encore
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Sur Goeree-Overflakkee, appeler tout le monde « Flakkeeënaar » froisse la moitié de l’île : Goeree n’est pas Flakkee, et l’île entière n’est pas en Zélande.
Le mot Flakkee désigne, au sens strict, la partie orientale de l’île : les villages qui vont de Middelharnis à Achthuizen, en passant par Oude-Tonge et Ooltgensplaat. Dans l’usage courant, beaucoup de gens l’étendent à l’île entière, y compris ceux qui n’y vivent pas. Cette extension est ancienne, elle circule dans les guides et sur les cartes touristiques, et elle n’est pas fausse en soi. Elle devient gênante quand on l’applique sans distinction à un habitant de Goeree, la partie occidentale, qui porte une histoire et une identité différentes.
Pourquoi un Goereeënaar refuse l’étiquette
Un habitant de Goeree, la partie occidentale où se trouvent Ouddorp, Goedereede et Stellendam, ne se reconnaît pas dans le mot Flakkeeënaar. La raison tient à l’histoire du nom lui-même : pendant des siècles, Flakkee désignait le Haringvliet, le bras de mer qui bordait l’île à l’est, pas une terre. Overflakkee, littéralement la terre au-delà du Flakkee, s’est construite comme une entité distincte de Goeree, et les deux sont restées deux îles séparées jusqu’en 1751. Confondre les deux revient, pour un Goereeënaar, à effacer une différence qui a existé plus longtemps que la fusion qui les a réunies.
Cette distinction ne relève pas de la nuance administrative. Elle touche à la façon dont chaque bout de l’île raconte son origine, ses villages, son parler. Un visiteur qui appelle un habitant de Ouddorp ou de Goedereede un Flakkeeënaar ne commet pas une erreur anodine : il gomme une identité que la personne en face revendique précisément parce qu’elle est différente.
La province contre la culture vécue
La deuxième confusion tient à la géographie administrative. Goeree-Overflakkee est une commune de la province de Hollande-Méridionale, pas de la Zélande. Sur une carte politique, la réponse est nette et ne souffre aucune discussion. Mais la culture et le parler de l’île penchent nettement vers la Zélande : le flakkees et le goerees, les deux parlers locaux, appartiennent tous deux au zélandais, bien qu’on les pratique en dehors du territoire zélandais.
Les deux réponses sont donc vraies, chacune à sa façon. Dire que l’île est en Hollande-Méridionale répond juste à une question de carte et d’administration. Dire qu’elle est culturellement zélandaise répond juste à une question de langue et d’ancrage. Un habitant de l’île n’a pas besoin de trancher entre les deux : il vit l’une et parle l’autre, et c’est un visiteur pressé de simplifier qui crée la tension en choisissant une seule réponse pour clore la discussion.
Ce que la fusion de 2013 a changé sans rien régler du fond
La création de la commune unique de Goeree-Overflakkee, en 2013, a réuni sous une seule administration Goedereede, Dirksland, Middelharnis et Oostflakkee, quatre entités qui géraient jusque-là leurs propres affaires. Sur le papier, l’île est depuis cette date un seul territoire politique. Dans les faits, la fusion a changé la mairie, pas la mémoire.
Les habitants continuent de se définir par leur village et par leur moitié d’île bien avant de se définir par la commune fusionnée. Un habitant de Sommelsdijk parlera de son village, un habitant de Ouddorp du sien, et l’un comme l’autre situera son identité dans cette échelle-là plutôt que dans le nom administratif qui les englobe depuis un peu plus de dix ans. La fusion a simplifié la gestion de l’île, elle n’a réglé aucune des deux questions qui font l’objet de cet article.
La règle simple pour ne vexer personne
Pour un visiteur, la prudence tient en deux réflexes. D’abord, ne pas appeler Flakkeeënaar quelqu’un dont on ne sait pas d’où il vient sur l’île : le mot juste, quand on parle de l’ensemble, est Goeree-Overflakkee, un peu long mais sans ambiguïté. Ensuite, ne pas trancher soi-même la question de la province et de la culture : mentionner les deux, la Hollande-Méridionale sur la carte et l’ancrage zélandais dans le parler, évite de prendre parti sur un sujet où la réponse dépend de ce qu’on interroge.
Cette prudence n’a rien d’un excès de précaution. Elle correspond simplement à ce que l’histoire de l’île montre : deux territoires longtemps distincts, réunis tardivement par une digue puis par une fusion communale, et une identité locale qui continue de se lire à l’échelle du village plus qu’à celle de la commune. Prendre au sérieux cette identité, plutôt que d’en faire un détail pittoresque à glisser dans une conversation, c’est la moindre des politesses pour qui vient sur l’île en visiteur.
Le sujet du nom fâché rejoint un fil plus large que suit tout le site : celui d’un territoire où les frontières administratives récentes se superposent à des frontières plus anciennes, sans les effacer. Le parler flakkees, zélandais en Hollande-Méridionale, en offre l’illustration la plus directe : une langue qui n’a jamais suivi les découpages de province.
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